animaux

Adam se promenait pépouze dans le jardin d’Eden. Il regarda le ruisseau qui serpentait dans les valons. Il regarda la peau du ruisseau aux écailles d’argent rouler comme des bijoux dans la paume de la lumière, les branches des arbres former sur son parcours des ponts d’ombre qui révélaient la couleur toute nue, tout simplement bleue des eaux. Un ange, plus loin, passait en poussant une brouette d’astres et de planètes à disposer dans un recoin de l’univers. Deux autres tiraient un grand fil pour le linge où étaient accrochées, tout juste sortis de la machine à laver de la création, de fraîches créatures mises à sécher avant d’être plantées sur une planète comme un bourgeon dans la terre… l’univers était encore dans sa jeunesse, en continuel chantier.

Adam, continuant sa promenade, vit un renard, avec qui il engagea promptement la conversation. A cette époque tous les êtres parlaient le même language, que les humains dans leur orgueil appelèrent plus tard la langue adamique ; Adam n’était qu’un locuteur parmi d’autres de cette langue primordiale, non son créateur, locuteur ayant appris cette langue par le simple fait de respirer. Cette langue partagée par tous était celle du souffle, l’origine du souffle était le créateur.

Dieu n’avait pas fait Adam à son image. L’image de Dieu ne ressemblait à aucune de celle des créatures. Dieu n’avait pas non plus créé Adam avant tous les autres êtres. Adam lui était même arrivé comme une arrière-pensée. Après quelques jours de travail à créer les êtres à son bureau Dieu s’accorda une pause pour aller aux toilettes, et depuis ce trône (céleste) il se demanda, tiens et si je faisais une version du singe sans poil, pour voir… car Dieu avait le sens de l’humour et c’est pour cette raison aussi qu’il créa le chat sphinx et la baudroie abyssale.

Tous les êtres faisaient partie de la même famille ; tous étaient sœurs et frères ; aussi Adam salua son frère le renard d’un mouvement de sa poitrine, et le renard lui rendit son salut par un mouvement du même.

Un jour, les êtres quittèrent le jardin d’Eden et furent dispersés sur les terres par le créateur. On ne sait pas pourquoi. Il ne s’agit pas de serpent, d’Ève et de pomme, voilà ce qui est au moins sûr. Il faudra raconter une autre fois l’histoire d’Ève, son début précède celle d’Adam ; elle est née de l’idée des lianes et non pas de l’homme, et Dieu la créant créa d’abord la chevelure.

Un jour les êtres quittèrent le jardin d’Eden, furent dispersés sur les terres, oublièrent la langue du souffle, oublièrent leur parenté, et furent livrés à eux-mêmes. On sait ce qui s’en suivit. Et peut-être que Dieu vit malgré tout que cela était bon. Ou peut-être que simplement et sans s’en soucier, Dieu le vit.

Peut être Dieu était-il en vacances, peut être Dieu était-il cruel.

Des signes subtils restent de cette lointaine parenté. Le code génétique bien sûr, dernière langue partagée par tous, mais qui n’est pas celle du souffle. Au sein de toute famille il y a des affinités électives. Certains font d’avantage famille que d’autres. Ainsi chez tel individu on va retrouver les traits et les caractères du dauphin, ou du cerf, ou du poisson-chat, ou du papillon, ou du loup, ou du cochon, ou de la fourmi, ou de l’œuf ou de la poule… et bien plus encore. De la même que certains renard ont des traits de Benjamin, d’autres de Sophie, d’autre de Karim et d’autres de Jean-Baptiste.

Certains individus ont des têtes de chevaux, d’autres de poissons, d’autres d’aigles, d’autres de chats, d’autres de cochons. Et souvent ceux-là le sont.